TENTATIVE DE FALSIFICATION DE L’HISTOIRE DU HOLODOMOR

Monday 26 May 2008.
 

Holodomor: A l’APCE la Russie tente une fois de plus de falsifier l’histoire(

Le 14 avril 2008, le Bureau de l’APCE (Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe) se réunira pour examiner un projet de résolution présenté le 25 janvier 2008 [APCE Doc. 11512] par Mme Wohlwend et plusieurs dizaines de ses collègues intitulé " La nécessité d’une condamnation internationale de la grande famine (Holodomor) de 1932-1933 en Ukraine ".

Rappelant la déclaration commune des Nations-Unies de 2003, la résolution sur le souvenir des victimes de la grande famine et la déclaration de 2007 par l’UNESCO, les condamnations des Etats membres du Conseil de l’Europe et les parlements du Canada et des Etats-Unis, pays ayant le statut d’observateurs auprès de l’Organisation, Mme Wolhwend et ses collègues souhaite que l’APCE condamne les " agissements du régime répressif stalinien, en sensibilisant le public à cette tragédie et en honorant le souvenir des millions d’Ukrainiens victimes de la Grande Famine de 1932-1933. "

On sait aujourd’hui que cette famine a essentiellement frappé l’Ukraine ainsi que le Kouban et le Caucase du nord majoritairement peuplés d’Ukrainiens. Tous les historiens et universitaires spécialistes français de cette période, Mmes Catherine Coquio et Laurence Woisard, MM. Nicolas Werth, G. Sokoloff, S. Courtois, J.-L. Panné, B. Bruneteau, W. Kosyk, et Y. Ternon ainsi que les élus politiques de tous bords interrogés sur cette question afin de prendre position sur la famine de 1932-1933 (Socialistes, Verts, Radicaux de Gauche, MoDem, Nouveau Centre, UMP et CNI) s’accordent sur le caractère ukrainien de cette tragédie. La position officielle de la France est la même, comme elle ressort de la réponse de M. Bernard Kouchner (Journal Officiel de la République française du 15 janvier 2008, page 335) adressée à M . le député Boisserie (Question écrite N° 9083, Journal Officiel de la République française du 30 octobre 2007, page 6618): " La grande famine de 1932-1933 que l’historiographie ukrainienne désigne par le terme Holodomor (ou "extermination par la faim") a été pour l’Ukraine une véritable catastrophe nationale. Provoquée par le régime totalitaire soviétique dans le cadre de la collectivisation forcée des campagnes ukrainiennes et du processus de dékoulakisation qui l’a accompagnée, elle a entraîné des millions de victimes (de 3 à 10, selon les différentes sources) et constitue, à ce titre, l’un des crimes du totalitarisme soviétique au XXe siècle ainsi qu’un événement majeur de l’histoire et de la mémoire nationales ukrainiennes. Il ne fait guère de doute qu’à travers la liquidation de la paysannerie, un des groupes sociaux porteur de l’identité nationale ukrainienne, le régime stalinien a également cherché à abattre le sentiment national ukrainien. La reconnaissance - au niveau national comme international - de cette tragédie, largement occultée, voire niée par le pouvoir soviétique, revêt une importance particulière pour l’Ukraine engagée depuis son indépendance en 1991 - et plus particulièrement depuis la révolution "orange" de 2004 - dans un processus d’affirmation de l’identité et de l’unité nationales. En Ukraine, en dehors du parti communiste, l’ensemble de la classe politique est unanime pour dénoncer le caractère organisé de cette tragédie. [...] "

Sans contestation, le caractère ukrainien de la famine fait l’unanimité, sachant qu’à l’intérieur des frontières de l’Ukraine subissant un blocus impitoyable, des Russes, des Polonais, des Juifs, des Biélorusses, etc. en furent victimes, mais à des degrés moindres par rapport aux Ukrainiens.

Sans contestation ? Non. Une fois de plus, la Russie tente de falsifier l’Histoire en présentant le 28 mars 2008, trois mois plus tard..., un contre projet de résolution intitulé " 75e anniversaire de la grande famine qu’a connue l’ex-URSS " [APCE Doc.11542] dénaturant le caractère ukrainien du premier projet en le caractérisant de " soviétique " afin ne pas permettre l’adoption du projet ukrainien. Le projet présenté par Konstantin Kosachev n’est seulement soutenu que par 10 collègues de l’APCE dont 6 Russes. On comprendra dans le contexte de l’indépendance du Kosovo, que la Serbie suive la Russie comme un petit chien, tout comme l’Arménie pour ses difficultés régionales, ce n’est d’ailleurs pas un précédent dans les votes au sein des instances européennes et internationales. On comprend donc mieux les deux soutiens serbe et arménien. Quant aux soutiens suisse et italien, ont-ils été trompés par le pseudo argumentaire russe ou seraient-ils des russophiles égarés par une nouvelle captation russe de l’histoire ukrainienne, comme d’autres furent en leur temps et à une autre époque les thuriféraires de la Russie de Staline ?

L’indépendance de l’Ukraine, la révolution " orange, la défaite des prorusses aux législatives, la volonté de faire reconnaître le Holodomor comme une tragédie ukrainienne et comme un génocide, la reconnaissance du génocide par la Rada, la volonté d’intégration dans l’OTAN et l’Union européenne du Président Youchtchenko, etc . restent en travers de la gorge des Poutine, Lavrov, Medvedev, Tchernomerdyne et autres Soljenitsyne. Le 2 avril 2008, jour de l’ouverture du sommet de l’OTAN à Bucarest, la Douma a voté, à un jour près c’était le 1er avril... une résolution soulignant que " la famine qui a tué des millions de paysans en URSS et principalement en Ukraine au début des années 1930 ne peut pas être qualifié de génocide et ne doit pas être politiquement instrumentalisée ". Etonnant, non ? On comprend aisément pourquoi la Russie, héritière autoproclamé de l’URSS et de la Russie soviétique, ne veut pas en entendre parler. Pour Lavrov, le ministre des Affaires étrangères de la Russie, c’est " une affaire politique visant les intérêts russes ". On marche sur la tête. Qui menace qui d’habitude ? Alexandre Soljenitsyne, dont la voix se fait rare, a apporté son soutien à la position de la Douma dans les Izvestia, le quotidien progouvernemental, pour dire que tout cela relevait d’"une folle fable " et souligne même que " la famine qui a frappé en 1921 " tout notre pays ", la Russie, de l’Oural jusqu’à la partie européenne en passant par la Volga ", a été " passée sous silence " tout comme celle de 1932-1933 en Ukraine et à Kouban. A 89 ans, le prix Nobel a-t-il perdu la mémoire ou, en nationaliste grand russe qu’il est, soutient-il tout simplement la réécriture de l’Histoire dont les nouveaux manuels scolaires poutiniens en sont l’exemple frappant ?

Comme à son habitude, la Russie, lorsqu’elle se sent acculée par l’expression de la vérité historique, mêle mensonges, négation et falsification des faits et menaces voilées comme il ressort du projet de résolution russe:

"[...]La population de la Russie d’aujourd’hui a été la plus touchée.[...]" "Les nombreuses thèses qui visent à présenter les tragiques événements de ces années comme le résultat de la volonté d’extermination d’une nationalité spécifique déforment la vérité historique, insultent la mémoire des victimes des autres nationalités et sont perçues comme des tentatives d’interpréter les événements passés de manière discriminatoire, risquant de provoquer au niveau national de grandes divergences de vues et des manifestations xénophobes qui, par essence, sont contraires à l’esprit de notre Organisation." [...] Nous aimerions aussi attirer l’attention de l’Assemblée sur le fait que le thème de la famine des années 1930 en Union soviétique, loin de favoriser une compréhension objective de l’histoire, donne lieu de plus en plus à des spéculations politiques et à des interprétations arbitraires des faits historiques.

L’absence d’un procès de Nuremberg du communisme fait que la Russie d’aujourd’hui hantée par ses vieux démons impérialistes refuse toujours de regarder son passé en face et tente, par des mesures dilatoires comme ce projet de résolution, de repousser toute condamnation d’un régime politique dont elle réhabilite l’action et tous ses acteurs criminels, du simple tchékiste à Staline "pour éviter une approche politisée de ces événements et prévenir d’autres spéculations éventuelles [...]"

Le 14 avril prochain, le Bureau de l’APCE examinera le projet de résolution présenté par l’Ukraine, aussi, ayons espoir que le discernement de la manœuvre mensongère russe et l’honnêteté intellectuelle de M. Mignon, président de la délégation française à l’APCE, contribueront à la vérité historique et par conséquent à l’adoption du projet de résolution ukrainien.

www.ukraine-europe.fr

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