Holodomor 1932-1933 par Walter HAPIAK

Thursday 8 December 2011.
 

De l’automne 1932 à l’été 1933 des millions de personnes meurent de faim en Ukraine et au Kouban et cet événement est quasiment passé sous silence jusqu’en décembre 1987. On lui donne aujourd’hui le nom de Holodomor, c’est à dire mourir par la faim.

Lors de la 1ère Guerre Mondiale il y eut 5500 morts par jour (900 pour la France ou 1300 pour l’Allemagne). En 1932/33 c’est 15 à 20 000 morts par jour. Principalement des enfants. Combien de morts en tout ? Les chiffres varient. Stéphane Courtois dans le Livre noir du communisme avance au moins 6 M de morts. Certaines estimations parlent de 10 M de victimes. Le recensement de 1937 qui constatait la baisse impressionnante de la population ukrainienne a été détruit sur ordre de Staline et les agents recenseurs fusillés.

1. Que s’est-il passé en Ukraine soviétique en 1932-1933 ?

Dès l’été 32, la nourriture manque et les gens meurent de faim. Pour autant les prélèvements s’intensifient. Alors qu’ils étaient de 30% en 1930, ils passent à 41.5% en 1931 et ce taux augmenta encore de 32% en 1932 Staline est parfaitement informé de la situation catastrophique des kolkhozes ukrainiens dès le printemps 1932 mais refuse de baisser les prélèvements car il veut financer l’industrialisation forcée.

Le 7 aout 1932 la loi dite des cinq épis permet de punir de mort ou au minimum de 10 ans avec dans les deux cas confiscation de tous les biens, toute personne accusée de « vol de la propriété socialiste ». Elle s’appelle ainsi car la plupart des condamnés le furent pour quelques épis ! Si les quotas de grains n’étaient pas atteints des amendes en nature pouvant aller jusqu’à la confiscation de toute la nourriture d’une famille ou d’un village étaient appliquées. A la fin de l’automne 1932 le pouvoir inscrit sur des listes noires les villages qui n’ont pas rempli les quotas ; après confiscation de toutes les denrées, ils sont encerclés par les agents du NKVD qui empêchent tout contact avec l’extérieur. Les villageois sont alors condamnés à une mort lente mais inexorable. Le consul d’Italie à Kharkiv raconte que les parents venaient abandonner leurs enfants en ville espérant que l’on prendrait soin d’eux avant de retourner mourir dans leurs villages. En janvier 1933 les frontières de l’Ukraine sont bouclées ; des troupes sont envoyées pour éviter les fuites, les billets de train ne sont plus vendus, les paysans sont renvoyés dans leurs villages ou dans des camps. En février 1933, 220000 paysans sont arrêtés en renvoyés dans leurs villages, condamnés à y mourir de faim. La fuite vers les villes était aussi interdite.

2. Comment expliquer ce qui s’est passé ?

L’opposition paysanne à la collectivisation vécue comme un second servage est forte. Chaque automne la collecte dans les kolkhozes tournait au rapport de force. Durant l’été 32 de nouvelles brigades furent envoyées pour faire face aux résistances mais malgré ces mesures, le blé ne rentrait pas. En octobre 1932, le plan de collecte n’était rempli qu’à 15 ou 20%. L’Etat soviétique déclencha alors son arsenal répressif contre la paysannerie jugée coupable de sabotage. Durant l’été 32 les réquisitions augmentèrent pour briser le « nationalisme ukrainien ». En effet l’Ukraine avait proclamé son indépendance en 1917 et le resta jusqu’en 1920. Durant la décennie qui suivit une politique d’ukrainisation poussait certains y compris au sein du PC ukrainien à réclamer une plus large autonomie. L’idée nationale d’une Ukraine indépendante était particulièrement forte dans les campagnes, chez cette paysannerie porteuse des traditions ukrainiennes. La détruire c’était détruire l’identité ukrainienne et régler définitivement la question nationale.

3. Qu’est-ce qui permet de qualifier ces événements de génocide ?

La famine ukrainienne n’est pas la seule de l’histoire de l’URSS : entre 1931 et 1933 au Kazakhstan 1.5 M de personnes soit 1/3 de la population est morte de faim, en Sibérie occidentale plusieurs centaines de milliers. C’était la conséquence directe mais pas programmée de la collectivisation forcée. L’intentionnalité de la famine n’est pas prouvée. Dans le cas de l’Ukraine, la situation changea à partir de l’été 32 :
-  Staline amplifia volontairement les prélèvements pour punir les paysans qui refusaient la collectivisation. En 1932 l’URSS vend 1.6 M t de blé, 2.1 M de t en 33 !!
-  Cela s’accompagna d’une destruction des élites (dizaines de milliers d’intellectuels sont arrêtés).
-  L’Eglise fut persécutée. Des milliers de prêtres et la quasi-totalité des évêques furent arrêtés, voire exécutés.
-  Politique de russification et d’attaque de la culture ukrainienne.

Cette intentionnalité et ce ciblage de la paysannerie ukrainienne détentrice de l’identité ukrainienne, vue comme une menace par le pouvoir stalinien, définit la notion de génocide

Les autorités soviétiques ont toujours nié la réalité du crime parlant au mieux d’une famine naturelle. Edouard Herriot, maire de Lyon qui fit le voyage en Ukraine à cette époque fut convaincu par la propagande de la prospérité de cette région et que la famine n’était qu’une invention destinée à nuire à l’image de l’URSS. Alors qu’aujourd’hui ces faits ne font plus de doute, certains pourtant continuent de les nier. Pour toutes les victimes de ce crime de masse, souvenons-nous.

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