HOLODOMOR : échanges entre utilisateurs de WIKIPEDIA

mercredi 24 février 2010.
 

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Merci de passer par la page de discussion pour exprimer vos réserves et de ne pas faire de reverts directs sur cet essai d’article. Vous considérez que Stéphane Courtois et Nicholas Werth ne peuvent être cités dans Wikipedia. Quelle est la source de cet oukase ? Ils s’ajoutent aux autorités ukrainiennes également bannies car suspectes dans votre esprit et donc à proscrire selon vos vues. Ce sont des historiens. De même les positions de Annie Lacroix-riz, stalinienne parmi les staliniennes, (avec Lili Marcou) écrit et professe des positions relatives à Holodomor. Pourquoi les cacher ? Le but d’un article encyclopédique est de faire apparaître les faits principaux et les attitudes qui les éclairent. L’important est d’être neutre. Et de ne rien cacher. Sélectionner les sources en fonction de ses idées est tout simplement non conforme aux règles de Wikipédia. Et on aboutit à l’infâme article actuel totalement non neutre qui occulte 90% du sujet et n’a qu’une finalité : faire valoir que Holodomor est une réclamation génocidaire suspecte et abusive en éliminant tous les faits qui gênent et en sollicitant ceux qui sont cités pour leur faire dire le contraire de ce qu’ils veulent dire réellement par une rédaction controuvée. Sur bien d’autres sujets dans Wiki très délicats car polémiques on a traité la difficulté en faisant coexister les points de vue. L’important est de ne pas les travestir. Leonchaix (d) 4 février 2010 à 21:18 (CET) Observations sur les nombreux commentaires de "78.251.55.173" [modifier]

Merci à "78.251.55.173", appelons Réviseur faute d’un pseudo plus explicite, d’avoir bien voulu commencer à corriger cette proposition d’article, encore en cours de rédaction et susceptible de contenir quelques erreurs de formes et quelques manques de références.. Réviseur a une identité assez claire : Il connait bien le courant des historiens communistes ou de la mouvance, avec un petit faible pour Trotski. Il est sensible à la vérité historique et pense qu’elle ne peut pas être totalement maquillée. A ce titre il sent bien que l’article actuel n’est pas convenable : trop de non dits, trop de contorsions pour orienter le jugement du lecteur, trop de distance avec les règles de WP. Le blocage se fait sur la notion de génocide. Il n’y a pas de génocide. Il ne peut y avoir de génocide. Un crime contre l’humanité d’accord. Mais par pitié pas de génocide. Réviseur semble appartenir à ce courant de pensée qui veut que l’histoire communiste soit d’une part inaccessible à qui n’est pas de la mouvance et d’autre-part "complexe". Cela veut dire qu’il n’était pas écrit que le passage au socialisme réel conduise au génocide, qu’il y a une petite chance en étudiant bien les aiguillages qu’il reste une voie honorable au marxisme léninisme. Si on reconnait le génocide rien de tout cela n’est plus possible et on jette le bébé avec l’eau du bain. Alors Réviseur ne veut ni des négationnistes qu’il aurait aimé voir sortis de l’article ni les historiens en faveur du génocide qui sont des politiques de parti pris pas des historiens assez subtils pour identifier toutes les finesses de la situation historique. Il faut que l’article WP soit acceptable pour tout le monde même pour cette tendance (majoritaire à gauche) et j’ai donc entrepris de tenir compte de la majorité des observations faites soit que les corrections s’imposaient absolument, soit pour gommer le risque de fâcher dans le mesure où l’essentiel était dit. Les commentaires trop partisans, carrément erronés ou tendancieux ont en revanche été rejetés mais les explications du rejet sont données ci dessous. En cas d’objections valables je reste ouvert à toute évolution. Faute de temps je n’envisage pas de faire la proposition de cet article complètement corrigés, complétés et référencés avant juin. Mais tout apport préalable sera accueilli avec joie.

* (falsification de Léonchaix et citations imaginaires : voir le texte du décret)

"l’extermination des saboteurs de la collecte" "une répression implacable" Les citations proviennent d’une traduction française du décret en effet imprécise. Mais le fond du décret dit bien ce qui est dit. "extirpate these counterrevolutionary elements by means of arrests, long-term deportation to concentration camps, without stopping short of capital punishment for the most malicious of these elements". extirpate by capital punishment, éliminer par la peine capitale, n’est tout de même pas si loin que cela que "exterminer", même si on voit bien où la traduction citée a été un peu rapide. Extirper aurait mieux valu qu’exterminer. En sachant tout de même que pour le Quillet extirper signifie anéantir, détruire entièrement, en un mot exterminer lorsqu’il s’agit d’êtres vivants. Et le texte parle bien de sabotage de la collecte. Le thème est bien une répression radicale et définitive, par tous moyens, y compris la mort, de ceux qui sabotent la collecte. Même si le choix de la traduction n’a pas été heureux (les sanctions peuvent être autres que la mort : la déportation par exemple) parler de "falsification" est, disons le avec modération, une injure infâme et caractérisée parfaitement incompatible avec les règles de WP où la bonne foi des intervenants est au moins présumée, surtout quand ils ont raison.

* La référence de la destruction des 12000 villages est le monument-mémorial de Kiev où tous ses villages sont listés. A ma connaissance il n’y a pas de contestation de ce fait. Si oui présenter les preuves. La correction faite n’a donc pas été retenue. * (220 000 tonnes exportées de janvier à juin 1933, contre 18,5 millions de tonnes récoltées sur la récolte de 1932. Cad 1,19% de la récolte), bientôt relayée par l’installation forcée de millions "d’ouvriers-paysans" russophones en provenance d’autres provinces de l’Union Soviétique ("seulement" 200 000 selon Werth et ce transfert est une des raisons de la bonne récolte de 1933)

Sur les exportations les chiffres sont bien supérieurs sur la période 1932-1933. Restreindre au semestre de 33 marque une volonté de minimisation qui ne se justifie pas. Le fait important c’est que les exportations ne se soient jamais arrêtées (ce qui, associé au refus de toute aide pour une famine qualifiée d’imaginaire par les autorités, marque bien le fait qu’on n’a pas souhaité limiter les effets de la famine sur la population paysanne ukrainienne. Sur le chiffre des substitutions de paysans allogènes je veux bien suivre Werth puisqu’il est cité (pour une fois que ses travaux ne sont pas réfutés !). Il existe d’autres chiffres plus contradictoires les uns que les autres. Mais restons français et corrigeons dans le sens de ses travaux ! Merci d’indiquer dans quel ouvrage et à quelle page les chiffres en question sont cités.

* (décret étendue à la Basse Volga non-ukrainienne en février 1933). Sans doute. Et alors ? Nous parlons d’Holodomor donc de l’application en Ukraine de la politique générale du CS de l’URSS. Le procédé qui consiste à vouloir toujours traiter les aspects extérieurs à l’Ukraine est cousu de fil blanc. Il n’a pas à être employé ici. La question de la non spécificité ou du caractère particulier de la famine en Ukraine doit être traitée dans le chapitre où l’on débat de la qualification de génocide.

* (elle est même désastreuse, pour de nombreuses raisons : chaos de la collectivisation, diminution du bétail, sécheresses, maladies de plantes. Au final les quantités de grains réquisitionnés en Ukraine en 1932 seront de 35% inférieures à celles de 1931, 4,7 tonnes contre 7,25)

Ce commentaire n’apporte rien à l’article sur Holodomor et seulement un éclairage sur les idées de son auteur. Personne ne nie qu’il y a eu mauvaise récolte pour des raisons en partie naturelle et en partie en raison du désordre entraîné par la collectivisation à un rythme outrancier dans un pays désorganisé par la politique menée. C’est d’ailleurs expliqué dans l’article au ...paragraphe suivant. Commentaire qualitatif à supprimer.

* (le caractère impitoyable des réquisitions est en grande partie liée à la nécessité de nourrir les villes : 80% des céréales réquisitionnés en 1932-1933 serviront à maintenir le système de rationnement urbain, pourtant réduit)

Bien sûr. C’était d’ailleurs la prévision de Rykov et quelques autres : une industrialisation massive exigerait d’exporter trop pour financer l’industrialisation et l’alimentation des ouvriers risquait de ne pas être assurée. Staline a surenchéri sur les exigences des maximalistes pour tourner la gauche sur sa gauche. A partir de 34 il tournera la droite sur sa droite en faisant un plan quinquennal conforme à ses exigences, ...en exécutant ses leaders. Il est sûr qu’une partie de l’hystérie de la collecte provient de la peur que se réalisent les craintes catastrophiques des modérés. Staline poursuit une fuite en avant dans la violence. De là la "mobilisation" quasi militaire du Parti contre les Koulaks : ce sont à la fois des boucs émissaires et l’occasion de créer un parti aux ordres de Staline dont les cadres seront prêts à tout. Mais cette manœuvre ne pouvait aboutir que parce que le terrain idéologique anti koulak avait été préparé par des années de propagande dévalorisante. La paysan est arriéré ; il est indécrottable ; c’est un ennemi invétéré de la révolution etc. L’ennui c’est qu’il représente 80% de la population ukrainienne, le grenier à blé mollissant de l’URSS. Les dirigeants de la révolution ne sont pas très sûrs de pouvoir contrôler l’ensemble de l’Ukraine (même si elles est privée de ses provinces occidentales actuelles). Il va y avoir une hyper violence liée à la faiblesse du pouvoir central. On retrouvera ce phénomène au Cambodge où les Khmers rouges mettront en place un système d’une violence inouïe parce qu’ils se savent isolés dans une société qu’ils ne connaissent pas et qu’ils craignent. Le commentaire n’ajoute rien à l’article qui dit exactement tout cela de façon ramassée. Note 1 : Gardons à l’esprit le rationnement que vous évoquez : dans un pays où la propriété privée a été supprimée et où tout passe par l’Etat, priver de rationnement des parties de la population signifie une condamnation à mort indirecte par la faim. De même déporter des masses de personnes dans des contrées inhospitalières sans aucun moyen d’existence et de travail est également la certitude d’en tuer le plus grand nombre. Note 2 : dans ses attendus le tribunal de Kiev condamne Postichev pour avoir "exigé la pleine application du plan d’exportations pour le quatrième trimestre 1932, alors qu’il connaissait les conséquences tragiques de la famine de masse" (traduction personnelle que je suggère aux spécialistes de mieux traduire s’ils le considèrent utile). .

* (pas seulement en Ukraine mais aussi au Kouban et le décret est étendu à la Basse-Volga en février)

C’est exact. Mais nous traitons ici d’Holodomor, de la famine en Ukraine. La question est donc de savoir si ce qui est dit sur l’Ukraine est contestable. Ce n’est pas le cas. La question de la spécificité de la famine ukrainienne est traitée plus loin lors de la présentation des positions sur le caractère génocidaire ou non de la famine. Cette remarque ne peut être conservée.

* (sic. Surtout la terminologie de Léonchaix qui doit parler des "listes noires"). Il s’agit là d’un problème de pure traduction des décrets exigeant un traitement particulier contre les villages n’ayant pas atteint leurs objectifs de réquisition. Les conseils municipaux mis en liste noire furent appelé conseils noirs dans certains documents. On parle ailleurs de tableaux noirs. Mais c’est un détail et si cela pose problème, la simple retouche du texte proposée devrait lever ces réserves. * (référence pour l’emploi des guillemets ?) Il s’agit de la lettre de Kossior à Staline. Je n’ai pas le temps matériel actuellement pour reconnecter toutes les citations à leur source. Mais cela sera fait dès que possible.

La notion de listes noires apparait dans le jugement avec les noms des fermes et des kolkhozes concernés.

* (« l’armée campant dans des tentes » semble surtout provenir de l’imagination de léonchaix)

Outre l’aspect détestable du commentaire qui prend à partie nominalement une personne (ce n’est pas la seule fois), cette remarque est ridicule. On a des descriptions complètes de ces campements et on connait à peu près la localisation des forces militaires déployées en Ukraine. Pour une référence directe voir Vassili Grossman dont le texte est EXPLICITE et représente un témoignage de première main. L’autre source irréfutable et le gonflement massif des effectifs de OGPU en 1932 évoqué par Mme Carrère d’Encausse. On a encadré par la milice et l’armée l’ensemble des "rayons" ukrainiens pour mener les ordres de destruction des paysans par la famine à leur bonne fin. Et il reste le jugement du tribunal d’appel de Kiev qui précise que le 18 novembre 1932 Choubar et Hatayevych ont signé l’ordre conforme aux directives reçues du centre d’organiser la destruction des nids de groupes koulaks contre-révolutionnaires, en utilisant les troupes spéciales et des unités spéciales pour la destruction des paysans ukrainiens qui ont résisté à la puissance soviétique.

Remarque rejetée.

* (les populations qui bénéficient du rationnement sont par définitions celles-qui ne font pas l’objet de réquisitions et les réductions de plans ont surtout lieu au cours de la seconde moitié de 1932. Par contre, 320 000 tonnes d’aide alimentaires sont envoyés à l’Ukraine à partir de mars 1933, ainsi que 800 000 de grains pour les prochaines semences. Voir Wheatcroft et Davies 2002)

Cette observation est parfaitement inutile. Il est clair que les livraisons sont faites pour éviter que la famine ne touche les "parties saines" de la population. Il est tout aussi clair que ces livraisons n’ont pas pour but de soulager la famine qui décime les paysans. Les réquisitions étant impossibles à satisfaire, la confiscation de toute nourriture dans les fermes et la distribution des rations aux seules catégories de la population considérées comme "non ennemi" par le pouvoir central implique la condamnation à mort intentionnelle et programmée des "ennemis" de la révolution, c’est à dire essentiellement les prétendus "Koulaks", donc les paysans. La remarque faite n’aurait d’intérêt que pour accuser encore le caractère génocidaire de la famine... L’auteur, qui visiblement, pense le contraire, devrait y réfléchir à deux fois...

* (réserves de 1,9 millions de tonnes en partie nécessaires pour maintenir le système de rationnement et l’approvisionnement de l’armée à l’est, dans un contexte marqué par l’invasion de la Mandchourie par le Japon)

L’auteur qui semble avoir cantonné ses connaissances aux œuvres de Wheatcroft Davies etc., se trompe sur la nature des réserves évoquées dans mon article L’article fait référence aux nombreux témoignages qui montrent qu’une partie des réserves arrachées aux paysans ne sont pas remis dans le circuit soit intentionnellement soit du fait du désordre général. Voir les récits autobiographiques de Kovalev ou de Kravchenko. Wheatcroft a eu parfaitement raison de corriger une affirmation erronée de Conquest sur la masse globale des réserves de grains en dépouillant avec soin les textes officiels de l’époque. Cela n’empêche pas que les exportations de produits agricoles n’ont jamais cessé et qu’il y a eu des pertes dommageables de grains sur le terrain. J’espère que notre contradicteur ne nie pas cela, ce qui serait inacceptable. Nous avons remanié le texte pour rendre le paragraphe plus consensuel et plus clair.

* (le tournant date de mars 1933. il s’agissait surtout d’assurer la récolte de 1933). Commentaire de type POV qui n’apporte rien. Le changement politique aura lieu en 34 avec toute une série de mesures visant à calmer le jeu. Ce réchauffement cessera avec l’assassinat de Kirov. J’ai supprimé le passage qualifié de non neutre qui suivait. Il s’agissait en effet d’un jugement et non pas d’un exposé des faits.

* (la vague de terreur touche toute l’URSS). Remarque ayant déjà fait l’objet d’un commentaire. Nous parlons d’Holodomor, c’est à dire de l’application à l’Ukraine de la politique générale de l’URSS. Personne ne disconvient dans la proposition d’article qu’il s’agit d’une politique générale. Son effet particulier à l’Ukraine (l’assassinat de tout le bureau politique du PC Ukrainien et plus généralement la destruction de toutes les structures proprement ukrainiennes ) doivent être cités. La discussion sur la spécificité est traitée plus bas dans l’article dans les paragraphes sur la qualification de génocide.

* (le rationnement ne concerne par la plupart des paysans).

Evidemment non mais cela veut dire qu’on peut trouver de la nourriture en dehors des tickets de rationnement. Remarque sans intérêt déjà traitée plus haut.

* (tous ne pensent pas ainsi voir Ellman, Kuromya, WHeatcroft et Davies)

Présentez leurs vues dans les chapitres prévus à cet effet. Le plan de l’article permet justement de faire valoir les différentes analyses en toute neutralité. Personne ne suggère de les cacher.

* (Stéphane Courtois est un spécialiste du communisme français et accumule les erreurs quand ils parle des famines soviétiques).

Typique d’une attitude d’affirmations diffamatoires vis à vis de ceux avec qui on n’est pas d’accord. La neutralité suppose de faire parler tout le monde, aussi bien les staliniens que les anciens maoïstes. Qu’une composante de l’opinion voue Courtois aux gémonies et veule qu’on n’évoque pas son nom sans multiplier les qualificatifs dévalorisants , soit. Que l’auteur de cette remarque appartienne à ce courant, bon. Mais que l’article doive en tenir compte, certainement pas !

* (Revel est tout sauf un spécialiste de l’Union soviétique. Pourquoi pas l’avis de Bernard-Henri Levy ?). Pourquoi pas en effet. Le chapitre expose les débats de la société civile vis à vis d’Holodomor, historiens ou autres. Je ne savais pas que BHL avait écrit quelque chose sur la question mais si c’est le cas merci de le produire.

* documents incontestables démontrant l’intentionnalité de la famine et son organisation par des ordres exprès[non neutre] (Nicolas Werth dit aussi que les historiens sont divisés à ce sujet et parle plutôt de l’instrumentalisation d’une famine non-voulue au départ par l’Etat soviétique).

Sauf erreur, la position de N. Werth ne présente plus aucune ambiguïté. Ce chapitre est en cours de rédaction. Les citations idoines seront ajoutées en temps utile. Beaucoup de commentateurs considèrent en effet que l’idée génocidaire n’était pas présente au début. Ce n’est qu’à partir de 32 et des décrets qui privent les paysans de toute nourriture et les enferment sans recours dans des villages privés de tout sous le contrôle de l’armée qu’on entrerait dans le génocide effectif. D’autres montrent que l’idée génocidaire si elle n’est pas explicite n’est jamais exclue par les autorités soviétiques et que la violence considérée comme devant être implacable contre les "ennemis de la révolution et du socialisme" ne peut mener qu’à des décisions qui seraient considérées aujourd’hui comme génocidaires. L’élimination des cosaques, des tchéchènes, la déportation de masse de certaines ethnies, etc. etc. s’ajoutent à la longue liste des exactions volontaires contre les populations civiles. Boukharine avait parfaitement montré que la politique excessive menée par Staline et plus généralement les plans de la gauche entraînerait mécaniquement des millions de morts. On a choisi de passer outre. Certains comme Courtois pensent donc que le génocide s’il n’était pas programmé dès 1928 n’était pas craint et quand la famine est arrivée elle a été aussitôt instrumentalisée sans la moindre vergogne. Il est à noter que le jugement de la cour d’appel de Kiev s’appuie uniquement sur les décrets et circulaires effectives prises par les autorités soviétiques au CC ou en Ukraine à partir de 1932, tout en rappelant néanmoins des exactions antérieures.

* (selon Revel. Merci de laisser Werth s’expliquer sur l’évolution de ses positions) : pourquoi souhaitez vous cacher qu’en France des pressions peuvent être faites par la hiérarchie universitaire pour orienter les résultats de la recherche historique ? La violence de vos propres réactions (et de certaines autres sur WP) est un symptôme d’une difficulté sérieuse de la part d’une partie de l’opinion française à accepter que des faits et des interprétations jugés défavorables à une certaine idéologie soient exposés comme ils le doivent. L’esprit de neutralité constitutionnel de WP interdit d’en tenir compte ici. Mais pas de l’exposer quand il est avéré sur un cas particulier. Cela dit, cela ne me gênera pas de gommer cet aspect lors de l’écriture définitive de ce chapitre. Il n’est pas mineur mais sans doute un peut trop personnel pour un exposé encyclopédique.

* (il y a surtout tout un courant qui réinscrit la famine dans le contexte de l’industrialisation et la « bataille pour les grains » par la nécessité pour l’Etat de maintenir le système de rationnement).

On pouvait maintenir le système de rationnement sans exterminer plusieurs millions de personnes. Et si on ne le pouvait pas alors c’est que la politique suivie acceptait qu’on élimine des millions de personnes. Le seul fait que des millions de personnes, enfants femmes et hommes aient été anéantis de façon sélective avec recours à la force publique exclut la non intentionnalité, et cela d’autant plus que les moyens de répression n’ont pas été seulement la famine mais aussi les déportations de masse et les assassinats également massifs, dont le caractère accidentel ne peut même pas être envisagé. . La thèse de l’accident de collectivisation est exonératrice de tout : aussi bien du crime contre l’humanité que du génocide. Maintenant si vous voulez développer textes et références en main un chapitre sur ce thème, pourquoi pas ? Mais vous aurez du mal avec la notion de "crime contre l’humanité par imprudence révolutionnaire en milieu climatique aléatoire".

Note 1 : sans vouloir forumiser, il est clair que notre intervenant fait parti du courant d’attitudes qui voudrait bien pouvoir continuer à réfléchir à l’histoire soviétique sans s’embarrasser de la question gênante du caractère génocidaire de certains de ses hauts faits. Trop historiens pour nier la famine, pas assez détachés du courant socialiste pour pouvoir embrasser l’idée d’un génocide qui aurait des conséquences extrêmement lourdes pour cette idéologie si on devait lui appliquer toutes les disciplines médiatiques et politiques (devoir de mémoire, etc.), ces honorables observateurs aimeraient en rester à un débat purement historique où on pourrait mettre de côté les questions qui fâchent. A titre personnel je leur donne à la fois raison et tort. La qualification de génocide est si lourde qu’elle ne peut en effet rester sans conséquences et elle apporte avec elle un fort contenu émotionnel, doctrinal, politique qui peut parasiter la recherche historique. Mais Holodomor est qualifié de génocide par les victimes et tout l’appareil national de la nation concernée s’est mis en place pour faire passer les lois et établir les jugements pénaux correspondants. C’est donc une dimension obligatoire de toute réflexion sur ce processus historique. Essayer de la gommer et, comme dans l’article actuel, faire de la prophylaxie pour éviter qu’un innocent puisse être contaminer par une idée pareille, est indéfendable. Compte tenu du nombre des victimes, de leur innocence (à moins de considérer que les centaines de milliers d’enfants conduits à la mort ne le soient pas), du drame humain et national qu’est l’anéantissement d’une fraction très importante d’une nation, la qualification de génocide est un peu comme une tunique de Nessus qui ne peut en aucun cas être jetée sur le bord de l’histoire en pensant à autre chose. La réclamation ukrainienne de reconnaissance d’un génocide fait partie de l’histoire ainsi que les débats qu’elle entraîne. On ne peut donc l’escamoter.

Note 2 : Wheatcroft, etc. ont fait un travail utile. Mais il est tout de même bon de remarquer de Wheatcroft, spécialiste de l’Union soviétique, ne s’était pas empressé de faire une histoire critique d’holodomor et qu’il a entrepris de corriger Conquest largement pour faire la leçon à quelqu’un qui venait lourdement piétiner ses platebandes et souligner la faiblesse d’une soviétologie universitaire britannique assez inclinée à considérer le régime soviétique sans excessive discourtoisie.

* (des gens mourraient de faim chaque année en URSS, de la même façon que 36 millions de personnes meurent chaque année des suites de la malnutrition dans le monde selon les chiffres de la FAO).

Ce type d’arguments n’a strictement aucune valeur. Qu’il y ait des difficultés alimentaires dans le monde depuis la nuit des temps n’apporte strictement rien à l’explication d’une situation où un régime décide de ruiner tous ses paysans, de les tuer ou de les déporter en cas de révolte, et d’exclure les familles des réprouvés de tout accès aux ressources. Ces sont les producteurs de nourriture dans le cas qui nous intéresse qui sont privés administrativement de nourriture. La remarque vise seulement à banaliser le meurtre de masse commis par les adeptes du socialisme violent. On trouve cette technique de propagande dans tous les sites communistes ou négationnistes sur Holodomor. L’un d’entre eux a même fait l’inventaire de toutes les famines connues pour expliquer que tout cela c’est de la routine. On retrouve deux des moyens de propagande largement utilisés par cette mouvance : la minimisation et l’exonération. WP n’a pas à être le relais de méthodes de désinformation et de combat idéologique.

* (les juges ne sont pas des démographes).

Non, mais ce sont des juges. Et il n’y a pas un système judiciaire où les juges, saisis d’un crime, n’évaluent pas les dommages avec les moyens disponibles, y compris les travaux d’historiens. C’est même leur rôle principal avec la répartition des responsabilités et le dosage des sanctions. Il y a un débat plus général sur la "judiciarisation de l’histoire", qui est un vrai débat. Mais les jugements font aussi partie de l’histoire. Un article de WP ne peut pas ne pas citer ce jugement.

* (il y a surtout tout un courant qui réinscrit la famine dans le contexte de l’industrialisation et la « bataille pour les grains » par la nécessité pour l’Etat de maintenir le système de rationnement)

Cette thèse s’appuie sur deux méthodes minimisatrices et exonératrices traditionnelles du côté des socialistes violents : - le prétexte de "l’accident d’industrialisation". "On s’excuse m’sieursdames, on ne l’a pas fait exprès". "On a fait ce qu’on a pu mais c’est comme cela, on n’a pas été aidé. Le climat n’a pas été bon, l’organisation a été défectueuse, il y a eu des défaillances dans l’administration. Et je vous dis pas l’état des transports... ". - le prétexte de la "guerre". C’était la guerre, on est désolé mais la guerre fait des victimes. C’est comme cela. La résistance à nos mesures a été si fortes qu’il a fallu vraiment se battre. On a gagné mais bien sûr il y a eu des morts. Toni Negri, idéologue des Brigades rouges est très représentatif de ce mode de pensée traditionnel du côté socialiste violent : il faut libérer tous les brigadistes car ils ont perdu la guerre et maintenant il faut comme dans toute guerre civile il faut non pas la justice mais l’amnistie. Le seul problème dans le cas d’Holodomor c’est que la fameuse "guerre" a lieu entre un pouvoir qui dispose de toutes les armes et de l’autre une population civile désarmée et misérable d’enfants, de femmes et d’hommes qui n’avait aucun moyen de résister. Ajoutez la thèse de "l’auto dékoulakisation" et vous avez toute la panoplie des méthodes de propagandes stalinienne de l’époque. Elles ont conduit à l’époque à la répression féroce au sein même du parti : il fallait bien sanctionner les défaillances ! Quant à la guerre on a exagéré à dessein les menées fantomatiques de l’ennemi de l’intérieur et de l’extérieur. Pilsudskiste, Petliouristes, anciens cadres de l’armée, bourgeois revanchards, koulaks, brigands, sans compter les menées des agents britanniques ou polonais, des églises et notamment du Vatican, etc. Toutes ces élucubrations ne visent qu’à "expliquer" qu’on se trouve simplement dans une tentative "normale" de création d’une société socialiste et que les circonstances ont empêché que ce soit le joli succès humanitaire que cela aurait du être. Pierre George avait été très loin dans ces "explications" : la guerre de 14 avait "militarisé les âmes" (exit la violence spécifique du mouvement bolchevique) ; les paysans n’avaient pas compris l’intérêt pour eux de la réforme et ont bêtement résisté (crétins de moujiks arriérés) . Il fallait bien passer outre (c’est la thèse très largement répandue que vraiment ces péquenots ils n’ont pas compris la chance qu’ils avaient. Cela finira par les hôpitaux psychiatriques pour opposants). Certains rajoutent : et il avait Staline et sa violence pathologique (un vilain fait dérailler la bonne révolution). Alors il n’y a pas de génocide : un simple guerre aggravée par les circonstances et la personnalité des acteurs. Circulez il n’y a rien à voir qu’un drame humanitaire qui ne peut interpeller la conscience de personne.

On ne peut pas traiter des trois positions vis à vis Holodomor (génocide, crime contre l’humanité, rejet de toute idée de crime), sans expliquer les enjeux de chaque prise de position.

Le courant de négation de la famine est une attitude de pure propagande : Holodomor et la réclamation victimaire qui lui est associée sont basés sur des falsifications historiques de fascistes, nationalistes etc. On maintient la "ligne" Munzenberg et l’orchestre de désinformation mis en place par l’Union soviétique. On fait donner des "historiens" du mouvement qui fixent le bien penser. Et toutes les officines déclinent le message, sur la base " il n’y a pas un historien sérieux qui...". Tout opposant à la ligne est suspect et doit être copieusement injurié.

Le courant de reconnaissance d’Holodomor comme génocide s’inscrit dans la perspective ouverte par Lemkin : certains crimes de masse sont d’une nature telle qu’ils interpellent l’humanité toute entière et doivent faire l’objet d’une réflexion universelle pour éviter que cela recommence. La jurisprudence médiatique de la Shoah donne le cadre méthodologique sur la manière de traiter le génocide : devoir de mémoire ; traitement du négationnisme ; proscription de certaines idéologies progénocidaires ; repentance ; mémoriaux ; information répétée dans les medias sur les différents aspects du crime pour qu’on n’oublie pas etc La question qui est posée est celle des enjeux d’une reconnaissance de crime contre l’humanité mais pas de génocide. On accepte les faits et la réalité du crime massif mais on ne veut pas le traitement comme génocide. Légalement il n’y a aucune différence pénale entre crime contre l’humanité et génocide. Alors à quoi rime cette distinction ? L’article de WP doit naturellement poser la question et offrir le choix de réponses sans entrer dans les procès d’intention : préoccupation diplomatique ; rejet de la "pornographie mémorielle" ; refus de voir un nouveau pays se draper dans la réclamation victimaire avec tout ce qui l’accompagne ; rejet de la judiciarisation de l’histoire ; refus de voir le socialisme même brutal traité à l’instar de l’antisémitisme.

La difficulté de ce chapitre, c’est que les tenants de la position "crime contre l’humanité" et pas de génocide ne donnent pas d’arguments explicites ou d’arguments bien convaincants.

La position française est par exemple expliquée par "le désaccord des historiens" ce qui n’est qu’un argument dilatoire : il n’y a aura jamais unanimité des historiens sur des qualifications juridiques de faits historiques surtout lorsque ceux ci ont fait l’objet d’une guerre idéologique pendant des décennies. La position européenne est tout aussi ambigüe. Oui il y a eu crime contre l’humanité ; oui il y a eu intentionnalité ; oui il y a eu des millions de victimes ; oui il doit y avoir un devoir de mémoire ; oui il y a un devoir de vérité à rétablir après 75 ans de mensonges délibérés ; oui il y a une dimension anti ukrainienne dans Holodomor. C’est donc un génocide ? Et bien non. Pourquoi ? Mystère. Un auteur écrira : "le Parlement Européen a inventé le génocide Canada Dry : cela ressemble au génocide, cela a le goût du génocide, mais ce n’est pas un génocide". Réécriture du chapitre Le virage de la Révolution lors de la prise de pouvoir par Staline [modifier]

La réécriture a été faite pour tenir compte des deux remarques suivantes :

* Moshe Lewin sur les divergence au sein du parti. Le programme de la gauche se limitait à une taxation plus lourde des campagnes). Il traite Staline de "thermidorien" pour ses tergiversations (la notion de "Thermidor" n’apparait que plus tard dans le discours de Trotsky).

* (l’emploi de "l’extreme violence" n’est pas réclamé par la gauche).

Tout cela n’est pas faux. Le problème est de synthétiser en quelques phrases une situation qui s’est prolongée sur plusieurs années et un combat politique qui a vu des marches et des contremarches. On peut donc trouver tout et son contraire selon le moment et où la perspective où se place l’observateur. Ce qui est incontestable c’est que Staline a commencé par écraser Trotski puis le reste de la gauche, qui réclamaient la fin de la NEP puis, par un subtil zigzag comme il en avait le secret, a repris en l’aggravant le programme de la gauche, en l’appelant "le grand virage" et en annonçant qu’il allait réaliser pour la première fois le socialisme. La surenchère stalinienne a naturellement comme but d’éliminer la droite après la gauche pour s’assurer définitivement un pouvoir total et une place au Panthéon rouge à côté de Marx, Engels et Lénine. Ce sont les paysans qui en première ligne vont payer cette surenchère, notamment en Ukraine.

Qui peut contester que Trotski, Zinoviev et Kamenev aient voulu relancer la révolution en mettant fin à la NEP ce qui obligatoirement passait par la mise au pas des paysans ? Qui a écrit : "On ne redresse pas l’agriculture, on redresse le paysan. Et pour le redresser on le courbe" ? Trotski a été le plus en flèche dans son combat contre Staline le "thermidorien" : l’expression apparait dans ses mémoires mais était surtout dans son esprit au moment de sa grande bataille avec Staline. Et ses mémoires ne cachent rien de sa position sur les méprisables "Nepmen" et les paysans récalcitrants. Zinoviev, un spécialiste de la violence verbale, avait un peu plus tôt expliqué de façon enflammée que s’il fallait supprimer 10% de la population ce n’était pas un problème. Comme l’écrit H. Carrère d’Encausse, Zinoviev et Kamenev, apeurés par la violence stalinienne, mirent un bémol à leurs philippiques contre les paysans pour ne pas passer pour ...trotskistes.

Alors j’ai retouché ce chapitre pour le rendre plus précis mais sans cacher le sens de la manœuvre stalinienne qui est essentielle à la compréhension des événements qui vont suivre. L’ennui c’est que la précision rallonge le texte.

A partir du moment où il y a discussion et contradiction, il faut justifier ce qu’on retient et ce qu’on ne retient pas des remarques

C’est pour vous que je le dis car vous perdez du temps...

Je comprend que cela puisse vous surprendre mais un peu d’érudition ne saurait nuire à une encyclopédie. L’article croupion et non neutre sur Holodomor qui défigure WP devra être supprimé et remplacé par un article de qualité. Mieux vaut que toutes les questions posées aient fait l’objet des développements les plus complets afin que rien ne reste dans l’ombre. Et que toutes les erreurs ou maladresses d’exposition aient été corrigées. Une fois encore si vous en détectez une, malgré votre phobie de l’érudition, indiquez le.

Quand on appelle Nicolas Werth "Olivier Werth", Stéphane Courtois "Gérard Courtois", Annie Lacroix-Riz "Mme Rye-Lacroix", Lilly Marcou "Lili Marcou", Andrea Graziozi "Graziani" ; le tout dans une même page, on évite de donner des leçons d’érudition.

Il s’agit d’un brouillon dans une page perso dont certaines parties ne sont qu’esquissées parfois de tête (et à pas d’heures) faute de temps. Certaines sont achevées et corrigées. Elles ne bougeront que si des éléments nouveaux apparaissent (commentaires pertinents, publications nouvelles). Les autres (faciles à reconnaître) le seront en temps utile. Et tous les noms seront correctement orthographiés. Merci de contribuer à faciliter la correction. Rendez-vous pour la version finale vers juin 2010, sauf si par miracle l’article actuel était enfin corrigé et cessait d’être ce qu’il est : un article non neutre et partiel qui doit à terme disparaître.


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