Un succès pour le premier "Parlement des Mémoires"
à Lyon les 14 et 15 mai 2004

A l'initiative de la Compagnie artisans de Mémoires et de l'Institut des Droits de l'Homme de l'Université catholique, le premier "Parlement des Mémoires" a eu lieu à Lyon les 14 et 15 mai 2004.
Présidé par M. Bruno-Marie Duffé, professeur de philosophie et directeur de l'Institut des Droits de l'Homme de Lyon, une vingtaine de personnalités de tous horizons, universitaires, chercheurs, responsables d'associations et députés européens sont intervenus sur le thème des mémoires d'Europe et du Rwanda au cours des deux soirées et d'une après-midi consacrées au travail de mémoire en Europe et au Rwanda.

Un mois avant les élections européennes, les initiateurs de ce " Parlement des Mémoires " avaient pour objectif d'apporter une contribution originale en ce sens que, depuis la chute du Mur, il n'est pas possible de laisser sur le bord de l'Europe des mémoires collectives bafouées et des sociétés martyrisées. 10 ans après le génocide au Rwanda, le travail de mémoire voulait aussi approfondir les critiques de plus en plus vives adressées à l'ONU et à quelques états européens dont la France.

Deux sessions plénières en soirée et une après-midi d'ateliers-débats, de projections de films et d'expositions ont vu se succéder des "parlementaires" apportant un éclairage nouveau sur des thèmes parfois connus mais le plus souvent méconnus du grand public.

Avec "Mémoire et réconciliation", l'éthique de la mémoire et la construction européenne étaient mises en avant tandis que lors de l'intervention suivante, Selim Bechaiev, ancien procureur général adjoint, vice-président du Parlement tchétchène en exil montrait comment un peuple était sacrifié. Les résultats de la commission d'enquête citoyenne " répondait " au Rwanda en quête de vérité en pointant singulièrement du doigt les responsabilités internationales et françaises et les paroles de témoins, paroles de citoyens montraient toute la difficulté de témoigner d'un génocide.
"Le trou dans la mémoire européenne" que représente la famine de 1932-1933 était stigmatisé par Nicolas Cuzin, président d'Ukraine 33, qui, dans son intervention " La famine- génocide dans les correspondances et mémoires diplomatiques de l’époque", montra comment, dès 1932, on savait tout et que certains, comme Edouard Herriot et Walter Duranty, unirent leurs efforts pour, avec Staline et les responsables soviétiques, la nier. Nicolas Cuzin termina son intervention par une résolution demandant la reconnaissance de la famine génocide de 1932-1933 en Ukraine par le Parlement français.
Venu de Suède, le professeur Sundberg, juriste de renommée internationale, exposa la méthode et les conclusions de "la Commission d'enquête internationale" sur la famine au cours d'une très longue et très appréciée allocution faite dans en français excellent.
Quant à Jacques Chevtchenko, président de l'Union des Français d'Origine Ukrainienne et professeur d'Histoire, dans une intervention très pragmatique intitulée "Histoire et mémoire de la catastrophe ukrainienne de 1932-1933 dans l'édition scolaire francophone d'Europe", il démontra, preuves à l'appui, comment à partir des programmes officiels, l'histoire de la collectivisation et ses conséquences dans l'URSS de Staline étaient souvent dévoyées dans les manuels de l'enseignement secondaire français, belges et suisses et que la famine de 1932-1933 n'y avait aucune place.
S'appuyant sur les derniers travaux des spécialistes des génocides, il esquissa une ébauche de réponse quant à cette négation des millions de morts Ukrainiens quand l'idéologie prend le pas sur la vérité historique. Professeur d'histoire, il concluait qu'à une période où le devoir de mémoire est omniprésent, il serait bien de prendre en considération un droit à la mémoire pour tous.

La Catastrophe arménienne ne fut pas oubliée dans la mesure où les intervenants mirent en avant le négationnisme bien connu, et toujours d'actualité, de la Turquie qui, sachons-le, oblige encore aujourd'hui les élèves des écoles turques et arméniennes de Turquie à concourir sur le thème de l'inexistence d'un génocide arménien et dire toute la difficulté à faire appréhender à sa juste valeur un génocide pourtant officiellement reconnu tant les négationnistes s'emploient à saper et salir ce travail de mémoire. Dans la même veine, le professeur Joseph Yacoub présenta les conclusions du rapport de l'ONU sur une situation totalement méconnue, celle du génocide des Assyro-chaldéens de Turquie, génocide perpétré par les Kurdes et les Turcs. Il fut intéressant d'apprendre à ce propos que Ministère des Affaires étrangères français, il y a encore peu de temps, méconnaissait totalement le génocide et la situation des Assyro-Chaldéens de Turquie. Ce qui en dit long sur la culture de nos hauts fonctionnaires et politiques, ce que les Ukrainiens et leurs descendants savent depuis bien longtemps.
Les deux députés européens invités prirent chacun la parole pour clore les interventions du vendredi et du samedi.
Si l'intervention de madame Catherine Roure, députée européenne du groupe PSE, fut celle d'une humaniste militante éprise de vérité, celle de Monsieur Thierry Cornillet (député européen, maire de Montélimar dans la Drôme et tête de liste UDF aux élections européennes du juin 2004 dans la région Sud-Est) fut pleine de franchise mais aussi de cynisme ou, c'est selon, emprunte de "real politik" quand il avoua à l'assemblée stupéfaite que l'Europe n'avait pas vocation à s'occuper de l'Afrique ou de s'interroger sur la reconnaissance ou non des génocides car cela ne fait avancer en rien les choses et seulement plaisir au requérant. Cynisme ou pragmatisme poussé à l'extrême ? Il est vrai que monsieur le député européen est un descendant politique d'Edouard Herriot dont il se réclame au sein du Parti Radical valoisien. Parti Radical dont il fut le président un temps.
D'un côté le cœur, de l'autre la raison. D'état.

J.Ch. 25 Mai 2004

Lire les interventions de:

M. Cuzin, Ukraine 33 : un trou dans l'histoire européenne

Prof. J. Sundberg, Retour sur les travaux de la Commission d'enquête internationale
Prof. J. Sundberg, Prochainement: Come back on the works of the International Inquiry Commission (in english)

J. Chevtchenko, Histoire et mémoire de la catastrophe ukrainienne de 1932-1933 dans l'édition scolaire de plusieurs pays européens


Une galerie de photographies du premier "Parlement des Mémoires", Lyon (France), 14-15 mai 2004 est visible sur le site Ukraine Europe

Holodomor, un montage multimédia sur la famine génocide est visible si vous disposez de Windows Media Player, en cliquant sur Holodomor.
Vous pourrez visionner ce montage multimédia en hommage à James Mace, historien de la famine génocide de 1932-1933. (Environ <10Mo)